Statue bagirmi Mali - Lot 371

Lot n° 371
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Estimation :
5000 - 8000 EUR
Statue bagirmi Mali - Lot 371
Statue bagirmi Mali Bois, métal , perles Dimensions : H. : 57,5 cm - L. : 13 cm Provenance : Collection privée française Rare exemplaire de cette typologie pour une œuvre probablement de la même main lot 192, Christie’s Paris, vente du 10 décembre 2003, ayant appartenue à Pierre Harter Description : Au cœur de la vaste région sahélienne qui s’étend à l’est du Tchad, le royaume du Baguirmi émerge dès la seconde moitié du XVe siècle comme un État islamisé, fondé par des populations arabes et berbères venues du nord, qui s’imposent aux sociétés locales. Ce royaume, qui perdure jusqu’au début du XXe siècle sous tutelle française, conserve néanmoins une structure politique traditionnelle et un syncrétisme culturel particulièrement fécond. L’art du Baguirmi, bien que peu documenté et longtemps demeuré à la marge des grands corpus de l’Afrique subsaharienne, témoigne d’une remarquable vitalité formelle et rituelle. À travers une poignée seulement de figurines conservées, c’est un langage plastique rare et profondément enraciné dans un système symbolique complexe qui se dévoile. Ces « idoles intemporelles », selon l’expression de Bernard de Grunne, incarnent une force archaïque et silencieuse : leur présence énigmatique, leur autonomie formelle et leur charge spirituelle intense dépassent le cadre des fonctions rituelles, pour s’imposer comme des manifestations universelles du sacré. Elles se distinguent par un style sculptural immédiatement reconnaissable, associant hiératisme et traitement schématisé des formes. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette œuvre, remarquable par sa profonde singularité au sein du corpus. Ce rare exemplaire est comparable à une œuvre, probablement issue de la même main que le lot 192 de la vente Christie’s Paris du 10 décembre 2003, provenant de la collection Pierre Harter. L’élément distinctif de ces deux pièces réside dans la coiffure, composée de fines lamelles métalliques rapportées, dont l’agencement crée un subtil jeu de reflets et de textures. Cette structure évoque les coiffures traditionnelles des femmes baguirmiennes, composées de plusieurs tresses épaisses en poils de brebis ou en fibres végétales noircies, soigneusement ajoutées à la chevelure. Le souci ornemental est accentué par l’ajout de parures corporelles - bandeau frontal et collier de hanches en perles. Le visage, structuré par un long nez rectiligne saillant, s’anime de deux yeux ronds aux pupilles marquées, tandis qu’une petite bouche pincée, en accentue l’expressivité silencieuse. Le traitement du corps conjugue force plastique et tension naturaliste, inscrivant la figure dans l’espace avec une audace maîtrisée. À la verticalité rigoureuse du cou et du buste répond l’élan orthogonal des bras atrophiés, sculptés en saillie selon un angle droit, ainsi que la tension des seins coniques projetés en avant, tandis que le bas du corps s’élargit avec assurance, conférant à la figure une assise solide, campée sur des jambes courtes et écartées. Ici, la substitution du torse habituellement cylindrique par une paire de jambes traduit, selon Bernard de Grunne, une variante stylistique marquant une évolution plus tardive du canon traditionnel. La féminité, subtile mais affirmée, s’exprime autant par ces attributs que par la souplesse des lignes, qui semble évoquer la gestuelle rituelle. Selon les observations anciennes, ces idoles pouvaient être activées dans la danse, les femmes les plaçant sur leur tête dans un mouvement rythmé du bassin — comme si la sculpture, par sa grâce contenue, réactivait la mémoire d’un corps dansant.
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