Statuette féminine, ere ibeji, Yoruba (Oyo) Nigéria - Lot 364

Lot n° 364
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Statuette féminine, ere ibeji, Yoruba (Oyo) Nigéria - Lot 364
Statuette féminine, ere ibeji, Yoruba (Oyo) Nigéria Bois, patine lisse d’usage, pigments, perles H. : 27,5 cm Provenances : Ancienne collection Veena et Peter Schnell Fagg Collection privée française Description : Ces effigies, appelées ere ibeji, ne sont pas de simples objets commémoratifs. Nourries, lavées, parées de perles, d’onguents et de vêtements, elles intègrent pleinement la cellule familiale. Vivantes, elles reçoivent une attention quotidienne, ritualisée, chargée d’affection et d’espoir. À travers ces effigies se révèle une conception du monde dans laquelle l’objet n’est jamais inerte : il devient le support d’une âme, un relais d’énergie vitale, un témoin silencieux de l’amour porté à un enfant disparu. En cela, les ere ibeji sont des œuvres habitées, empreintes d’une dignité et d’une puissance intérieure qui dépasse leur modeste format. Ils ne commémorent pas une absence — ils célèbrent une continuité. Cet ibeji féminin s’inscrit dans le style caractéristique des Yoruba établis dans la région d’Òyó, plus particulièrement autour de la ville de Saki, haut lieu de la sculpture traditionnelle dans l’ancien royaume — caractérisé par des volumes généreusement modelés, des épaules arrondies et des bras détachés du corps, conférant à la figure une présence sculpturale dense et maîtrisée. L’effigie se distingue par le réseau de scarifications au niveau de l’abdomen,du bas-ventre et des cuisses, la complexité de la coiffure tressée rehaussée de bleu indigo, l’ensemble magnifié par la patine lisse et brillante. Estompés par le temps et les gestes rituels, les traits somatiques conservent la trace émouvante des soins prodigués à l’esprit du jumeau, révélant la profondeur du lien qui unissait cette effigie à sa famille. Chez les Yoruba, c’est par la tête, orí, que s’opère le lien avec le monde spirituel ; elle en est le réceptacle privilégié, et ceci explique la dévotion toute particulière attribuée au visage dans nombre de ces effigies, à l’instar de notre objet. Cet effacement progressif de la matière — initié par la mère, puis poursuivi après sa disparition par d’autres femmes de la famille — confère à ces effigies un caractère mouvant, toujours en devenir. C’est en ce sens qu’Émilien Bruneau les qualifie à juste titre d’« œuvres évolutives », tant leur forme porte la mémoire sensible des gestes et des liens qui les ont façonnées au fil du temps. (“L’ere ibeji et le culte des jumeaux chez les Yoruba”, In: Histoire de l’art, N°73, 2013. Objets sacrés. p.151).
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